Chronique Souvenirs du rivage des morts de Michaël Prazan

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

Autrefois, M. Mizuno était un autre homme. Littéralement. Aujourd’hui, le jeune homme qu’il fut revient le hanter, avec sa cohorte de camarades que la peur et la haine ont balayés dans le Japon des années 1970.

Dans un luxueux hôtel de Bangkok, un vieil homme japonais joue avec ses petits-enfants, bienveillant et aimant, en attendant l’arrivée de son fils pour quelques jours de vacances. Très vite, à travers une banale discussion avec sa belle-fille et surtout la présence d’un mystérieux Allemand dans l’hôtel, quelque chose se dérègle dans ce quotidien aseptisé, quelque chose qui fait resurgir les ombres du passé, qui réveille les cauchemars, qui oblige à la vérité. Cette vérité, ce passé qui va se révéler, a pris racine dans la révolte des étudiants japonais en 1968. Si ce mouvement a trouvé un écho un peu partout dans le monde, dans la société très corsetée du Japon impérialiste, encore traumatisé par la défaite de la Seconde Guerre mondiale, la répression a été extrêmement violente et, par contrecoup, l’engagement de certains s’est radicalisé, débouchant sur la création de l’Armée rouge japonaise, typique organisation d'extrême gauche aux méthodes terroristes : camps d’entraînement, autocritique, violence et emprise allant jusqu’au meurtre... De là datent les cauchemars du grand-père qui était alors seulement Yazukazu, un jeune homme guidé par un idéal et l’espoir d’un changement international qui mettrait fin aux oppressions impérialistes à travers le monde. Ses rêves le conduiront ainsi jusqu’en Palestine. Tout le drame intime et historique qui bouleverse le personnage tourne autour de cette radicalisation jusqu’à l’horreur. Souvenirs du rivage des morts est un grand roman, dense, porté par l’incroyable travail de recherche de Michaël Prazan. Tout en éclairant un pan méconnu de l’histoire contemporaine du Japon et de l’internationalisation des luttes armées, il construit une véritable narration romanesque qui entraîne le lecteur sur les traces oubliées de ces hommes et femmes qui basculèrent dans une violence aveugle, entre idéalisme et terrorisme.

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