Entretien K.O. de Hector Mathis

ANNE-SOPHIE ROUVELOUX, Librairie Chroniques, Cachan

K.O., c’est ce que refuse d’être Sitam en fuyant la violence qui éclate à Paris. Mais K.O. s’entend aussi chaos, celui dans lequel est plongé toute l’Europe. Il faut oser la comparaison : la voix d’Hector Mathis, sa poésie du désespoir, rappellent un autre périple, celui d’un certain Céline.

Sitam a la vingtaine. Il aime le jazz, les mots et la môme Capu. Lorsqu’une fusillade éclate à Paris, les amoureux décident de fuir et entament alors un road trip. Leur périple les mène en banlieue, puis de plus en plus loin, jusqu’à Amsterdam. Mais un mal plus fort rattrape le jeune homme, contre lequel il s’agira de se battre… avec des mots. Héros et lecteur sont entraînés dans un voyage qui swingue, qui secoue parfois, éblouit toujours, oscillant entre extase et désenchantement.

PAGE - Dès les premières lignes de K.O., on sent un intérêt pour la sonorité des mots. Cela vient-il de votre première passion, la chanson ?
Hector Mathis - Tout à fait. J’ai commencé à écrire assez jeune, puis à quinze ans, je me suis lancé dans une musique rythmée : le rap. J’écrivais les textes des chansons. À un certain point, je me suis lancé dans quelque chose d’autre : le roman. Ce qui me pousse à écrire, c’est un amour immodéré de la langue, de sa musicalité, de la rythmique. Ma compagne me fait souvent remarquer, avec une grande délicatesse, que quand j’écris, je passe mon temps à marmonner ! Il faut que je cause, que cela soit « oralisant », prononcé.

P. - Quelle est la genèse de K.O. ? Avez-vous d’abord voulu vous concentrer sur une façon d’écrire, sonore, musicale, ou l’histoire de Sitam est-elle venue en premier dans votre esprit ?
H. M. - Je n’ai eu aucune méthode. J’écris en permanence, toujours dans des situations très inconfortables. Je peux être debout dans le bus, en train de marcher. Des fragments jaillissent et s’imposent à moi, ainsi que des thèmes. Quand tout cela constitue un récit, une sorte de trame, j’essaie de bâtir une architecture, une dramaturgie intéressante. Ensuite, sur une semaine complète (les arrêts maladie sont pratiques pour ça), je me mets à écrire sans discontinuer. Je connais beaucoup de gens qui ont beaucoup d’imagination, qui arrivent à se mettre dans la peau d’un autre personnage. Moi, j’ai le sentiment de ne pas toujours avoir le choix.

P. - Puisque l’on parle de personnage, Sitam, à l’envers, donne Mathis. Comment vous inscrivez-vous dans le récit ?
H. M. - C’est délicat. Il y a beaucoup de vécu mais une transposition était nécessaire. K.O. reste un roman, une fiction. Cet amour de la vérité absolue, de la transparence est quelque chose qui m’est insupportable. Le réel est une matière, j’ai du mal à partir d’autre chose, mais j’espère que je ne me regarde pas le nombril quand j’écris ! Cela serait terrible, d’autant plus que ce sont les autres qui m’intéressent.

P. - L’Europe que traversent Sitam et Capu est plongée dans le chaos : après une fusillade à Paris, les autres capitales sont contaminées par une vague de violence. Pourtant cette Europe reste extrêmement familière. Pourquoi avoir choisi d’amplifier cette violence ? Qu’est-ce que le monde de Sitam dit du nôtre ?
H. M. - Je n’ai pas le sentiment qu’il soit si exagéré que cela ! Il est à la fois très proche du nôtre et c’est également un ressenti. Ce monde est tel que je le perçois, ainsi que Sitam. Il est assez délirant. Pour essayer de traduire cette émotion, j’avais besoin de passer par l’exagération, pour pouvoir dépeindre ce que l’on vit avec ces états d’urgence, ces attentats, cette violence. Paradoxalement, on est pourtant dans un monde où on a voulu tout gommer pour arriver au « bien » et le résultat est que tout ressort. Cela déborde de partout. L’époque que l’on vit est assez terrible.

P. - Néanmoins, une beauté ressort de tout ce chaos, grâce à Sitam. Il a un tel appétit de vivre, une telle curiosité pour les personnes qu’il rencontre, que votre ouvrage en devient lumineux. Comment qualifier Sitam ? Est-ce que l’on peut dire qu’il est innocent ?
H. M. - En un sens, oui, car il est un peu spectateur de tout ça, baladé dans le chaos. Son appétit de vivre vient du fait que la joie est intimement liée au désespoir. Ainsi, à partir du moment où l’on est vraiment désespéré, on peut habiter l’instant car il n’y a plus rien à espérer. C’est un moment assez libérateur. Ce personnage est brinquebalé, chahuté. Il a une certaine innocence car il a peu de prise sur les choses. Il essaie quand même de s’en sortir mais il est assez bouleversé par ce qui se passe autour de lui.

P. - Dans la dernière partie du roman, Sitam tient bon grâce à l’écriture. Que signifient ces mots : « Si on ne permet pas la légèreté, on n’a rien à faire avec la littérature » ?
H. M. - La légèreté, c’est la langue, la forme. C’est la manière dont on écrit. D’ailleurs, le plus grand défi, c’est d’élaguer. On en fait beaucoup trop parfois. Il faut pouvoir arriver à quelque chose de plus musical.

 

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