Chronique Je m’appelle Nathan Lucius de Mark Winkler

  • Mark Winkler
  • Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Céline Schwaller
  • Coll. «Coll. « Bibliothèque anglo-saxonne »»
  • Métailié
  • 26/01/2017
  • 240 p., 20 €

Anne-Sophie Rouveloux Librairie L’écriture (Vaucresson)

Il est passionnant de voir le monde à travers les yeux de Nathan Lucius, jeune homme inadapté et fantasque. Mais à mesure que l’auteur dissèque son âme, une autre réalité apparaît et nous découvrons, fascinés, tout ce que Nathan a caché.

Vue du dehors, la vie de Nathan Lucius semble banale. Célibataire, ce trentenaire vend des encarts publicitaires dans un grand journal, subit souvent la pression de son chef et sort parfois boire un verre avec ses collègues. Le reste du temps, quand sa voisine libidineuse ne vient pas le chercher, il est seul et passe beaucoup de temps à créer des arbres généalogiques avec de vieilles photographies récupérées ici et là. Ce fragile équilibre se rompt lorsque Madge, sa vieille amie antiquaire, lui demande une faveur. Atteinte d’un cancer en phase terminale, elle souhaite que Nathan l’aide à mourir. Notre héros bascule dans la confusion et le doute, entraînant à sa suite le lecteur. Car ici, c’est bien l’auteur qui mène le jeu. Nathan commence à souffrir de trous de mémoire, son humeur change. Lui si lucide sur les problèmes de notre société, si cultivé quand il jauge les antiquités de la boutique, prend des décisions dangereuses, pour lui et pour les autres. La méfiance à son égard s’instaure et nous ne reconnaissons plus ce « je » que l’on prenait pour un marginal attachant. Peu à peu, le voile se lève sur le passé de Nathan et sur ce qu’il a « oublié » de nous dire… Grâce à une construction ingénieuse et un personnage oscillant sans cesse entre folie et lucidité, l’auteur dresse un portrait dérangeant. Lorsque la réalité, glaçante, éclate, nous prenons conscience que nous avons nous aussi été pris au piège. Tout au long de ce récit sous tension, nous pensions connaître Nathan Lucius et, le pire, c’est que nous nous étions identifiés à lui, ce monstre ordinaire.

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