Entretien Glory de Elizabeth Wetmore

Anne-Sophie Rouveloux Librairie L'Infinie Comédie (Bourg-la-Reine)

En découvrant les grands espaces texans et l'étude d'une petite communauté, le lecteur pense être en terrain familier. C'est sans compter sur la délicatesse de l'auteure, la force de son écriture et de son propos qui font de son premier roman une œuvre sensible et très originale.

Quelle est votre histoire avec cette ville que tous les personnages veulent quitter ?

Elizabeth Wetmore - J’ai grandi à Odessa, une petite ville dans la zone pétrolière de l’Ouest du Texas et j’en suis partie dès que j’ai pu à l’âge de 19 ans, sans plan ou possibilités particuliers. Comme beaucoup de mes personnages, j’avais désespérément envie de laisser cette ville derrière moi. Mais en fait, il y a pas mal d’hommes et de femmes qui adorent cette partie du monde – ses grands ciels et nuits étoilées, la tranquillité, la solitude, les foreuses qui arrivent à la fin de l’automne et investissent des champs vides.

 

Quelle a été votre inspiration principale pour Glory?

E. W. - Quand j’ai commencé l’écriture du roman, je me suis vite rendu compte que malgré le fait que j’ai grandi à Odessa, je n’en avais pas une image particulièrement claire. En particulier, j’ai pris conscience que si j’avais été souvent le témoin de racisme ordinaire – dans les écoles, les églises et la rue dans laquelle j’ai grandi –, je n’avais pas vraiment compris à quel point le racisme était profond dans cette partie du monde. Je n’avais pas non plus compris comment ce racisme influait sur la vie de tous les jours des Mexicains et Mexicains-Américains du coin. Je n’avais pas non plus pris la mesure de la façon dont la misogynie, le racisme et le fondamentalisme religieux se croisent. Ce n’était donc pas une surprise pour moi que la violence, particulièrement la violence sexuelle contre les femmes et les filles, soit endémique dans une ville qui vit du pétrole en plein essor. Mes recherches ont révélé ce que j’aurais déjà dû savoir : si les choses sont dures pour les femmes et les filles blanches, elles sont bien pires pour les femmes et filles noires, les pauvres et les Latinas.

 

Les voix des personnages sont si fortes, leurs personnalités si bien dépeintes qu'on a l'impression d'enchaîner une suite de nouvelles ! Comment expliquez-vous cela ?

E. W. - J’adore la forme de la nouvelle. Je ne pense pas qu’une autre forme puisse avoir autant d’impact émotionnel. Les chapitres peuvent se lire comme s’ils étaient des nouvelles – tendus, compacts. Le roman a ses avantages aussi, l’un d’eux est que l’auteur a plus de temps pour explorer une idée plutôt qu’une situation. Je me suis penchée très précisément sur certaines des questions qui ont émergé dans les premiers stades du livre. Comment des femmes et des filles sans grands moyens – financiers, d’éducation, de pouvoir – peuvent trouver le moyen de survivre et même d’avoir une belle vie dans un environnement aussi hostile ? Quand une inconnue blessée arrive à votre porte cherchant de l’aide, que faites-vous ?

 

Grâce à votre écriture délicate, la poésie de certaines scènes, la description de Gloria et des autres femmes en « guerrières », on ressent de l’espoir en filigrane. Est-ce que cette « petite lumière » était intentionnelle ?

E. W. - J’ai toujours pensé que Glory était une lettre d’amour à Odessa – à sa terre et à ses habitants – surtout à ses femmes et filles aux côtés desquelles j’ai grandi ; féroces, en colère, avec leurs failles. Et même dans les moments où le livre est critique avec la ville, et il y en a beaucoup, j’ai toujours voulu ménager un espace pour l’espoir. Ma grand-mère me disait que jusqu’au moment où on vous transporte dans la boîte en pin, il est toujours temps de changer d’avis et c’est vrai ! Même le raciste le plus endurci d’Odessa, Texas, peut changer. Et j’espère qu’ils le feront. Parce que même si les marques les plus évidentes du racisme sont infligées aux corps et aux esprits noirs et marrons, il y a aussi un coût pour les esprits des blancs. Tant que les Américains blancs ne se confronteront pas honnêtement à notre Histoire, je pense que rien n’ira jamais bien dans mon pays. C’est pour cela, que malgré l’horreur de la situation aux États-Unis aujourd’hui, j’ai repris espoir parce que je vois, dans les rues et les foyers de nombreux Américains, une réévaluation honnête de qui nous sommes et comment nous pouvons avancer vers une société plus juste et plus équitable.

 

Lorsque le roman s'ouvre, Gloria Ramirez, 14 ans, gît dans la poussière. Elle a été violée. À quelques mètres d'elle, son agresseur, un jeune foreur blanc, se repose dans une voiture. Nous sommes à Odessa, Texas, en 1976, et en partant trouver refuge chez Mary Rose, l'adolescente va bouleverser le calme de cette communauté. La justice ne sera pas si simple à faire. Pour eux, Gloria n'est qu'une étrangère, tandis que le coupable se destine à un bel avenir qu'il serait dommage de briser. Gloria, qui décide de se re-baptiser Glory, devient le fil rouge entre toutes les femmes de cette petite ville, jeunes et moins jeunes, que nous découvrons tour à tour, fortes, décidées à vivre de la manière dont elles l'entendent. Subtil, poétique, le premier roman d'Elizabeth Wetmore met à nu la violence ordinaire, mais possède également un indéfectible espoir dans ceux qui continuent à se battre pour de meilleurs lendemains.

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