Chronique Les Grandes Occasions de Alexandra Matine

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

Les réunions de famille, ces grandes tablées où l'on se rassemble autour d'un repas toujours trop copieux ! On se retrouve parfois avec plaisir, on se donne des nouvelles, on y débat, on s'y engueule, on remarque les rides, les kilos pris par les uns et l'absence des autres. Véritable bonheur ou moment à fuir ?

Esther est de celles qui attendent ces moments avec impatience : réunir sa famille, ses enfants, ses petits-enfants autour d'une table, passer des heures à faire les courses, choisir les aliments avec soin, un beau poulet, non deux plutôt, puis mettre son tablier et allumer le four, se lancer dans tout un tas de préparations, toujours plus nombreuses, que le frigo à du mal à contenir et qui finissent par envahir petit à petit toute la cuisine. Et tant pis, si ce jour de canicule, la chaleur est étouffante, si son appartement est un véritable sauna, si une migraine atroce se glisse entre la préparation de la salade et des desserts. Elle continue de dresser la table, sous les parasols, sur la terrasse brûlante, de préparer ce repas en songeant à cette réunion qu'elle attend depuis longtemps. Les enfants, devenus grands, ont quitté le nid, fondé une famille à leur tour, se sont éloignés, lui rendant moins souvent visite. Tout est prétexte à éviter ce genre de rendez-vous : le travail, la fatigue, les enfants... quand on n'est pas parti à l'autre bout du monde. « Mettre au monde, ce n'est pas accoucher, c'est se laisser abandonner », constate amèrement et douloureusement Esther. Alors, entre chaque plat et dans la crainte du coup de téléphone d'un fils, d'une fille qui lui dira « je voulais venir, mais... », elle se remémore son histoire avec chacun d'eux. Car si l'instinct maternel existe, il n'est pas unique et inconditionnel. Oui, on peut aimer différemment ses enfants, nouer avec chacun d'eux une histoire particulière, être plus ou moins proches, complices, selon le contexte, le désir, les personnalités de chacun. Une histoire nourrie aussi de la nôtre, de celle tissée ou non avec nos propres parents. De ce qui se transmet ou qu'on craint de transmettre. Tous ces petits nœuds, à lier ou défaire, qui composent la grande et subtile tapisserie d'une vie, d'une famille. Alexandra Matine montre un talent et une maturité surprenants dans ce roman d'une grande force et d'une grande émotion, qui va à l'encontre des clichés et donne furieusement envie de prendre ses proches dans ses bras, à la première occasion, la « grande » occasion. Un roman qui résonne, bien entendu, avec encore plus de puissance, dans cette période bien étrange !

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