Chronique Churchill de Andrew Roberts

Lyonel Sasso

Churchill°? Comment retracer, avec passion et en évitant toute glorification, la destinée de ce personnage°? Andrew Roberts réussit, avec brio, cet exploit et dépoussière la statue du commandeur. On découvre, dans cette biographie, un Churchill en grande partie inédit.

Il est difficile de toucher à la vérité d’un être. De le restituer tel qu’il fut, de tracer avec précision la moindre de ses paroles ou de recenser le moindre de ses gestes. C’est prouesse impossible. Pourtant, Andrew Roberts réussit ce pari un peu fou, à peine illusoire, de tout dire sur Winston Churchill. Un monument (pas loin de 1°400 pages) pour un monument, voilà l’axiome. Roberts s’appuie sur un corpus gigantesque. Il y a, déjà, les propres écrits de Churchill dont il faut tout de même se méfier – le personnage excelle dans l’art de crypter ses confessions et d’en rajouter un maximum. Churchill se soucie peu du vraisemblable et Andrew Roberts sélectionne à merveille les écrits intimes, nous renvoyant tour à tour à un jeune homme arrogant, un politique carnassier ou encore un vieil homme mangé par de multiples ruminations. Roberts dépoussière avec méthode les archives – il révèle de nombreux inédits – et nous livre un portrait saisissant. On comprend, dès les premières prises de parole, que la vie de Churchill, c’est la rencontre d’un personnage incroyable avec une période qui l’est tout autant. Ce qui demeure fascinant pour cet enfant de la balle – il est la progéniture d’un grand politicien, ce magnifique perdant de Randolph Churchill –, c’est cet instinct prodigieux qui le fit se rêver, grand homme d’État, dès ses premiers pas. Roberts décrit admirablement les années 1930, ces années de ruptures, de mélancolie où Churchill, affublé de sa solitude, forge son caractère. Un magnifiquement perdant qui se mue en sauveur, voilà l’un des beaux paradoxes de ce parcours. Ce bloc d’Histoire qu’est Winston Churchill est aussi un remarquable spécimen de ce que l’on pourrait nommer un excentrique anglais. Il est tour à tour flambeur et fauché, un chouia dépressif, souvent drôle et puis, pour couronner le tout, porte un amour pour l’alcool relativement destructeur. Pareil personnage n’évite pas les zones d’ombres mais Andrew Roberts replace chaque prise de position dans son contexte afin de ne pas le jeter en pâture au tribunal de l’opinion. Il nous livre un travail remarquable.

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