Chronique Seule en sa demeure de Cécile Coulon

Jeoffroy Vincent Librairie Goulard (Aix-en-Provence)

Deux ans après le succès d’Une bête au Paradis (L’Iconoclaste et Le Livre de Poche), Cécile Coulon est de retour avec Seule en sa demeure, un roman d’apprentissage brillant et surprenant où le passage à l’âge adulte se paye au prix fort d’une vérité bien gardée.

Aimée a 18 ans. Issue d’une famille modeste, choyée par ses deux parents et très complice de son demi-frère Claude, elle s’apprête à devenir l’épouse de Candre Marchère, excellent parti à la tête d’un domaine gigantesque exploité pour son bois. Élevé par sa servante Henria suite à la perte de sa mère, marqué par la mort de cette dernière et celle de sa première épouse, Candre est un homme intriguant, à la fois mystérieux, vif d’esprit, discret et pudique, attentif aux besoins de sa femme et n’ayant nul besoin de prouver sa virilité en société. Avant-gardiste en somme. Sauf que, passés l'enthousiasme et la candeur de son arrivée au manoir, Aimée sent vite qu'il y a quelque chose d’anormal qui se cache sous la modestie pieuse de son mari. Et que, de découvertes en déconvenues, c’est bel et bien une cage dorée qui s'érige autour d'elle ! Un récit d’enfermement ? D’aliénation ? Une enquête policière, un drame rural ? Une histoire d’amour torturée ? Seule dans sa demeure est un peu tout cela à la fois. C’est surtout un coffre à mystères. Un dédale qui regorge de fausses pistes que le lecteur s’amuse à emprunter. Narratrice épatante, Cécile Coulon mène précisément, et brillamment, la barre d’un récit décliné en titres dont on taira la symbolique. Elle convoque les figures tutélaires d’Emily Brontë et de Daphné du Maurier à venir rôder dans ces pages, écrites avec la fièvre qu’on lui connaît, pour mieux revenir ensuite à ses thématiques de prédilection : la force poétique et psychologique des éléments, l’émancipation de soi par le corps et le cœur. Fascinant par la relance dynamique de sa trame, addictif à tous points de vue, véritable miroir à la cruauté du monde, Seule en sa demeure ébahit même par son utilisation du format livre. Car c’est bel et bien le lecteur qui, en refermant le roman, laisse l’héroïne prisonnière de sa solitude. D’une vérité au goût de cendre d’une violence inouïe et que nul ne verra venir.

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