Dossier Les Enfants de la Clarée de Raphaël Krafft

Delphine Demoures Librairie des Halles (Niort)

Ils sont partis pour fuir la famine, la guerre, les épidémies, la dictature, les répressions politiques, le fanatisme religieux. Laissant derrière eux un pays, un travail, des amis, une famille, ils sont devenus des migrants. Ces deux livres ont un même fil conducteur : l'exil. Quel est le parcours de ces déracinés ?

Ils ont franchi plusieurs frontières, leur périple a été long et douloureux et il n'est pas terminé. « En 2017, près de 1 500 réfugiés, exilés ou migrants sont arrivés à Briançon en provenance d'Italie. Près de 60% d'entre eux sont des mineurs non accompagnés. » Certains se retrouvent dans le village de Névache, dans la vallée de la Clarée, au nord de Briançon. Pour y parvenir, ils ont franchi des cols, notamment le col de l'Échelle, à 1 762 mètres d'altitude. Au péril de leur vie, « ils sont vêtus à la va-comme-je-te-pousse, de frusques dépareillées distribuées à la gare de Bardonecchia, de l'autre côté de la montagne ». Ces jeunes migrants africains souffrent de gelures, d'hypothermie, de lésions. Raphaël Krafft, grand reporter, documentariste radio et écrivain, part à la rencontre de ceux qui accueillent et de ceux qui s'exilent. Avec Les Enfants de la Clarée, il nous livre un reportage littéraire et humain époustouflant. Lors d'une enquête, il assiste, impuissant et indigné, à l'arrestation de quatre mineurs par la gendarmerie qui va ensuite abandonner ces adolescents dans la montagne. Il propose alors aux enfants de l'école communale du village de partir en Guinée pour comprendre ce qui pousse ces jeunes à s'arracher à leur terre natale. En leur confiant la parole, Raphaël Krafft donne à entendre et à voir les luttes et les engagements de ces femmes et de ces hommes ordinaires, de ces héros malgré eux.

« La révolution est une chanson d'amour qui nous invite à danser sur les ruines de l'ancien monde. » Pia Klemp est une biologiste allemande et la capitaine militante du Louise Michel, le bateau affrété par Bansky. Avec Les Vivants, les morts et les marins, elle signe ici son premier roman. Alors que des milliers de personnes se noient en Méditerranée, cherchant à atteindre l’Europe pour y trouver refuge, une femme capitaine décide de prendre la mer avec son équipage. Elle refuse d’accepter les décisions abjectes et mortifères de l'Union européenne en laissant les gens mourir en toute connaissance de cause. Activiste écolo et humaniste, Pia Klemp livre ici son combat et son engagement pour un monde plus juste. Sans manichéisme, ni pathos, la primo-romancière mêle les destins des migrants et de leur bourreau. Une fiction en prise avec notre réel, brutal, intense et parfois dérangeante !

À travers ces deux ouvrages, la parole est donnée aux réfugiés, aux bénévoles qui appréhendent et explorent l'expérience de la migration. Ces deux lectures nous permettent de nous interroger sur la place faite à l'autre dans nos sociétés.

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@