Essais

David Le Breton

La Fin de la conversation ?

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photo libraire

Chronique de Elise Le Fourn

Librairie Saint-Christophe (Lesneven)

La pratique de la sociabilité a beaucoup changé ces quinze dernières années. Dans cet essai, David Le Breton s’interroge sur l’impact de l’utilisation du smartphone sur la conversation et son avenir.

Depuis les années 2010, le lien social, dans sa pratique, a grandement évolué. Pour communiquer, se parler en face à face n’est plus nécessaire, grâce ou à cause (?) de l’utilisation du smartphone et de ses multiples applications. Nombreux sont les individus ayant des difficultés à s’éloigner de leur écran, à se déplacer ou entretenir une conversation sans lever les yeux de leur appareil. Que reste-t-il alors de l’attention portée à l’autre, du sentiment de reconnaissance, de l’empathie ? David Le Breton questionne le poids de ces nouvelles technologies sur les générations qui ont grandi avec et qui considèrent ces modes de communication comme la norme. Dans cette société du zapping, les facultés de concentration sont affaiblies. On peut parler d’une époque hyper-individualisée où l’attention est parfois plus grande vis-à-vis de celui qui est à distance plutôt qu’envers celui qui est présent physiquement. À un niveau extrême, au Japon, les hikikomoris sont des adolescents qui n’ont plus de relations sociales réelles mais seulement virtuelles. L’auteur consacre un chapitre très intéressant à « la taylorisation de la communication ». La conversation dans ce qu’elle peut avoir de futile, de léger, de beau, ne répond pas aux soucis d’efficacité et de rapidité de nos sociétés modernes. « Le temps n’est plus à soi mais régi par l’outil numérique qui colonise toute l’existence », constate David Le Breton. Il souligne aussi les heures de surveillance consenties par chacun, en passant du temps à scroller sur divers réseaux sociaux et qui ont pour but de nous amener à consommer. Dans ce texte, l’auteur n’a évidemment pas pour ambition de lutter contre le smartphone mais de mettre en garde contre une utilisation excessive qui mettrait en péril les valeurs essentielles de l’humanité.