Chronique Il est juste que les forts soient frappés de Thibault Bérard

Delphine Bouillo Librairie M’Lire (Laval)

Thibault Bérard nous fait vivre une histoire à la fois merveilleuse, mais aussi terrifiante et bouleversante, et nous offre un premier roman d’une rare intensité, nous faisant passer du rire aux larmes en un battement de cils.

Il est rare que je commence un roman en sachant déjà la fin. De toute façon, n’importe qui commençant la lecture de ce roman connaît la fin. Dès les premières pages, cela nous tombe dessus, comme si la mort elle-même nous apostrophait, nous sortait de la torpeur dans laquelle nous nous étions confortablement installés. La narratrice, prénommée Sarah, nous parle de l’au-delà, après s’être battue contre un cancer qui l’a emportée à 42 ans. Dans ce premier roman, tout est possible et imaginable car Sarah a un don, le « privilège des morts ». Ce don lui permet d’exprimer ses émotions, mais aussi celles des autres et de ses proches. Et alors, on sait tout de suite que l’histoire qui va suivre va susciter notre intérêt, nous bousculer, peut-être même nous violenter mais qu’elle va aussi nous émouvoir et nous rendre heureux. Théo et Sarah sont beaux, jeunes, parisiens et amoureux. Elle, fille fragile, « punkette » de province, ne pensait pas qu’elle rencontrerait un jour un si beau et gentil garçon qui lui ferait toujours voir le bon côté des choses et qui l’aimerait d’un amour pur, presque enfantin. Ils s’installent dans un petit appartement, leur cocon où ils aiment regarder en boucle La Vie est belle de Capra, écouter leurs morceaux de musique préférés et où ils accueillent leur premier enfant. Un grand saut dans l’inconnu pour leur plus grand bonheur. Puis un deuxième enfant pour combler un peu plus ce bonheur. Mais Sarah avait peut-être raison, elle qui a toujours crié haut et fort qu’elle mourrait avant 40 ans ! Le verdict est sans appel : une foutue tumeur mal placée, irréversible. Comment ? Pourquoi ? Pourquoi eux ? Pourquoi autant d’injustice ? Thibault Bérard nous fait le récit de leur vie, de leur combat mené à deux, avec toute la rage mais aussi le désespoir dont leur amour les dote. Le style hésitant au début, s’installe petit à petit et avec beaucoup de sincérité et d’énergie, il réussit à nous faire vivre cette histoire et à rendre ce qu’il y a de plus douloureux très lumineux. On y découvre comment Théo a inventé un autre quotidien quand il faut continuer à vivre malgré tout. On y découvre aussi que Sarah aimait beaucoup son homme et ses enfants. Alors, même si ma gorge s’est serrée à de nombreuses reprises et même si les larmes ont coulé le long de mes joues, je suis ressortie de cette lecture apaisée et heureuse. Thibault Bérard a choisi l’écriture romanesque pour raconter sa propre expérience. Il signe un livre beau et bouleversant, sans mièvrerie ni pathos, où l’humour trouve sa place et où la musique rythme les bons et les mauvais souvenirs.

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